vendredi 11 mars 2011

Ohlala n°174 (Singin' in the rain)

Il pleut.
Mais genre pas une pluie "essayons de passer entre les gouttes".
Plutôt une pluie "ok génial il fallait justement que je fasse un shampooing".
Alias "encore une preuve que ces Américains sont drôlement cons d'avoir des fenêtres coulissantes qui ferment aussi mal".

Ceci dit, j'aime cette pluie.
Elle est sincère cette pluie, elle est "entière" comme disent les gens énervants, elle y va tu vois, elle hésite pas, elle fait son job bien bruyamment, histoire que tu oublies pas de penser en allant dormir "ah putain je suis tellement content d'être au chaud sous cette couette, comment ils faisaient les hommes de Cro-Magnon ?"
Evidemment, maintenant que j'ai passé 6 mois à réfléchir sur la question des gens qui n'ont pas de maison, je suis encore + consciente de ma chance et j'aime encore moins les gens qui disent "ah ça fait du bien une bonne pluie !"

Non, ça ne fait pas "du bien", la pluie.
L'être humain n'est en rien compatible avec l'élément liquide. Si tu bois trop d'eau tu peux mourir. Et si tu passes longtemps dans l'eau ta peau elle se fripe parce qu'elle aime pas ça et si tu restes 24h non-stop dans l'eau eh ben ta peau commence à se désagréger. Si. C'est pas des conneries.
Donc la pluie n'a rien de bien pour l'être humain, même si après ok on peut considérer certains avantages pour les cultures, les jardins arborés et les points d'eau pour les animaux sauvages.

J'aime cette pluie parce qu'il ne pleut presque pas à New York.
Une pluie aussi forte, il a dû y en avoir 3 ou 4 fois maximum en 6 mois.
Il fait souvent gris en hiver, mais c'est un gris beaucoup moins déprimant qu'à Paris parce qu'il n'est pas humide.
Et puisqu'il ne pleut pas ici, quand il pleut, ben ça me rappelle la France - c'est même pas une blague.
Là j'entends l'eau qui se balance sur mes carreaux depuis des heures et j'me dis "ah, c'est le même son qu'en France".
Un peu comme mon père, quand il avait 4 ans, qui était en Turquie et qui a dit en entendant un chien aboyer "Oh regarde Maman, un chien français !" (blague préférée de ma grand-mère que l'anecdote amuse toujours cinquante ans plus tard).

Eh oui mes amis, les éléments sont donc bien tous les mêmes à travers le monde, les chiens font tous partie de l'immense fraternité canine, les peuples ont tous des yeux, un coeur et du sang et ils devraient tous se tenir par la main au lieu de se balancer des bombes sur la gueule.

Cette 3e année à l'étranger est décidément une bien belle expérience humaine (et météorologique).


Ecoute ça et prends-en de la graine, Mouammar, mon petit.

jeudi 10 mars 2011

Ohlala n°173 (Social Media Obsession)

Voilà environ 15 jours (j'ai pas compté) que je vis sans Facebook.

Et tout va bien.
Pas d'isolement social excessif, au contraire, ce week-end j'ai vécu le plus grand rassemblement humain de ces 6 derniers mois (sans compter le 1er janvier chez Mamie O).
Pas de manque d'information puisqu'au contraire je me suis mise à lire davantage d'articles de journaux et que je lis l'actu commentée avec plus ou moins de sérieux sur Twitter.
Pas de manque tout court, j'ai arrêté de taper f+Entrée dans la barre d'adresse de mon navigateur en l'ouvrant dès le 3ème jour de suspension de compte.

Je finirai par recréer un compte un jour, parce que c'est devenu incontournable pour certaines choses, notamment pour être au courant de certains évènements.
Mais pas tout de suite.
Pour l'instant je profite de tout ce temps que je gagne pour écrire de vrais mails à mes amis, pour ranger ma chambre (mensonge éhonté), pour arriver à l'heure sur mon lieu de stage, pour me sentir tout simplement moins obligée d'être au courant de tout.

Facebook c'est le commérage forcé.
Le jour où tes potes te disent "attends je te jure cette fille ressemble trop à Sarkozy, je vais te montrer", tu te sens un peu mal.
Le jour où c'est toi qui dis "attends je vais te le montrer sur Facebook et tu me diras si tu le connais", tu te dis que ça y est, t'as craqué, mais tu le fais quand même.

Une fois que j'aurai à nouveau un compte, plus jamais je ferai ça.
Et j'irai plus regarder le mur des gens qui publient des statuts pourris pour mesurer l'étendue de leur superficialité. Si ce qu'ils disent ne m'intéresse pas, je bloquerai simplement leurs publications.

Mais pour l'instant, j'ai plus de compte et les admins m'ont toujours pas dit si je le récupérerai un jour ou pas.
Et c'est tant mieux.
Parce que Facebook, je croyais le savoir, mais je le découvre seulement maintenant : ça sert à rien.

Et pourtant, tout le monde y est, tout le monde en parle, tout le monde y passe sa vie et tout le monde pense que c'est le centre du monde, y compris dans le monde professionnel désormais.
Et comme je me destine à l'école de Communication de ScPo, je risque d'en bouffer pas mal, des discours de gens qui n'y connaissent rien mais qui donnent quand même des leçons, à propos de Facebook.
Et sur tous les "médias sociaux" de façon générale, parce que c'est devenu incontournable, pour le meilleur et pour le pire.

Quelques faits à propos de Facebook, trouvés grâce à Twitter sur ce site :

Toutes les 20 minutes, ce sont :
- 1 million de liens partagés
- 1 484 000 invitations à des évènements
- 1 323 000 photos taguées
- 1 851 000 mises à jour de statuts
- 1 972 000 acceptations de « demandes d’amis »
- 2 716 000 photos mises en ligne
- 2 716 000 messages envoyés
- 10 208 000 commentaires
- 1 587 000 messages sur le mur

Les réseaux sont en train de devenir des outils incontournables dans plein de domaines, c'est à la fois excitant et pitoyable de superficialité.
Ce qui me sidère c'est de voir à quel point plein de gens se croient experts d'un truc qu'ils ont découvert il y a deux ans voire moins et qui n'a aucune règle fixe - Facebook change ses fonctionnalités plusieurs fois par an par exemple. Et surtout de voir à quel point ces gens contents d'eux peuvent affirmer des choses absurdes, parfois tellement évidentes que ça fait mal de lire ça comme si c'était une information, d'autres fois tout simplement fausses.
J'espère juste ne jamais devenir aussi prétentieuse qu'eux en faisant des études de comm...

mercredi 9 mars 2011

Ohlala n°172 (Heroes)

On dit que les pompiers de New York jouissent d'une réputation de héros. Que tout le monde les aime, les respecte, encore + que les policiers que tout le monde a l'air de kiffer - il faut dire que qui ne ressent pas une profonde sympathie pour des gens qui ont voué leur vie à la promotion permanente des Chocolate Froasted Donuts de Dunkin' Donuts, notamment à travers les courbes généreuses de leur corps ? (Je disais ça pour plaisanter, mais réflexion faite, je n'ai jamais vu un policier américain qui soit mince)

Donc les pompiers c'est un peu l'incarnation du GI avant l'Afghanistan, c'est celui qui sacrifie tout pour les autres, même sa vie, surtout depuis le 11 Septembre.

Sauf que les pompiers, je veux bien que ce soient des héros, mais pour l'instant ceux que j'ai vus, en 6 mois, ils se déplaçaient en bande de 10 à 15 minimum en portant à chaque fois une seule civière et en se hâtant autant qu'un Suisse qui dirait "anticonstitutionnellement" (mais un Suisse ne dit jamais ça, il se moque de la Constitution, il vote et il change les règles et c'est bien, c'est beau, c'est la démocratie).
La capacité du pompier à se déplaçant au rythme de la promenade du dimanche en blaguant fort avec ses petits camarades me surprend.
On ne peut pas dire que j'aie une grande expérience des pompiers français, si ce n'est les mecs à crâne rasés qui mâtent les adolescentes qui passent devant la caserne, mais au moins les rares fois où j'en ai vus, ils rigolaient pas et ils se dépêchaient de faire le nécessaire pour régler la situation qui les amenait là.

Aujourd'hui, sur le quai du métro, il y avait une vingtaine de pompier. Oui une vingtaine. Et en face de la double porte automatique, quand je suis sortie de la rame, il y avait une poubelle ouverte entourée d'une flaque d'eau. Et ça sentait le brûlé.
Dans la rue, il y avait deux énormes camions avec lumières bleues clignotantes et rotatives.
Et comme d'habitude, les pompiers discutaient en rigolant. Vous me direz, bon, ça va le cynisme, ils l'avaient éteint le feu, plus besoin de courir dans tous les sens. Mais quand même, ça me perturbe.
Depuis que je suis toute petite on me vend du rêve avec des policiers qui se laissent glisser sur des barres en acier tels des strip-teaseuses lascives en uniforme - c'est con, le fantasme de l'uniforme n'a jamais voulu se manifester chez moi - bref donc ils se laissent glisser parce que c'est trop long de descendre l'escalier et que chaque seconde est vitale, et puis les voilà qui débarquent tranquillement en tapant la discute, eh les mecs, on se fait un Starbucks ensuite, je suis désolée mais ça CASSE LE MYTHE.



Et si les vrais héros étaient... DES HEROÏNES ? Ouaiiiiis marronnier du 8 mars, youpiii !
J'aime pas la journée de la femme, pour plein de raisons trop longues à exposer ici puisqu'il est près d'une heure du matin, mais vous pouvez lire l'article de Margaux qui dit beaucoup de choses très intéressantes, une fois encore (oui, tu as senti une pointe de jalousie dans la fin de cette phrase mon petit lecteur et tu n'as pas tout à fait tort même si je force le trait, je rêve d'être capable d'écrire d'aussi bons articles qu'elle mais ce n'est pas le cas).

Si toutefois, ami lecteur, tu as un peu plus de temps pour lire que je n'en ai pour t'écrire, regarde donc les trois vidéos qui suivent, publiées par Megaconnard sur Megaconnard.com hier, c'est lui qui a fait ça avec ses petites mains et ça parle des femmes d'une façon plutôt originale. Le sujet n'est pas très marrant, mais "heureusement qu'il reste 364 journées de l'homme dis donc" c'est pas très marrant non plus et pourtant tu as souri - au moins par politesse et pour éviter d'entrer dans un débat perdu d'avance face à la connerie - à la célèbre blague qu'au moins un crétinus t'a forcément sortie aujourd'hui.

Donc clique sur les vidéos, ça ne parle pas de femmes qui s'émancipent grâce à internet dans les pays sous-développés, mais ça concerne peut-être des gens que tu connais.


Code 178, des mots sur l'avortement (partie 1) from Enfin_Bref on Vimeo.


Code 178, des mots sur l'avortement (partie 2) from Enfin_Bref on Vimeo.


Code 178, des mots sur l'avortement (partie 3 fin) from Enfin_Bref on Vimeo.

mardi 8 mars 2011

Ohlala n°171 (Le Clara's Birthday)

Oui, je vous ai lâchement abandonnés sans prévenir deux jours de suite.
Mais je pouvais pas prévenir !
Parce que j'étais à Washington.
Mais c'était une mission commando top secret défense.
Parce que c'était l'anniversaire du Clara.
Le Clara a 20 ans !
Et Marine, sa coloc, avait invité plein d'amis à elle sans lui dire.
Y avait plein plein plein de nourriture faite maison (makis, pizza, tarte au citron meringuée, tiramisu...) et du champagne (une bouteille pour 8, nous sommes des gens raisonnables) et des gens cool, c'est important.

Je vous aurais bien montré quelques images, mais je connaissais pas assez les gens pour vous montrer leurs portraits aux yeux de lapins en stade avancé de myxomatose.

Ce sera donc tout pour aujourd'hui, parce que demain sera une bonne journée bien occupée, ce qui me réjouit fort, parce que les journées passées à lire les tweets de gens très marrants que je ne connais pas, c'est distrayant mais répétitif.

Toujours est-il que ce week-end m'a redonné foi en l'espèce étudiante et en sa capacité à passer d'excellents moments sans vomir son whisky à la fin. Ce qui restait jusque-là à démontrer.

samedi 5 mars 2011

Ohlala n°170 (About friendship)

Hier matin, dans l'ascenseur, j'ai croisé Val, qui travaille aussi à CH.
Val a 24 ans.
Et hier matin, elle m'a dit que son meilleur ami venait d'annoncer qu'il se mariait. Et que ça lui faisait drôlement bizarre, qu'elle avait pas l'impression d'avoir l'âge d'apprendre que ses amis se marient.

Un jour ça va me faire pareil.
Je vais apprendre que machin se marie. Que machine est enceinte.
Ce sera pas moi la première, parce qu'il est hors de question que je me marie avant 25 ans et que j'aie un enfant avant 27.
Bon 26 si vraiment mon mari insiste (ouais je reproduis le modèle social bourgeois et j'envisage pas d'avoir d'enfant hors mariage, je vis dans les années 50, je rêve d'une cuisine équipée avec mixeur/friteuse et épluche-pomme incorporé, je veux que mes enfants ressemblent à ceux de la pub Nutella et je peux pas m'empêcher de rire aux blagues sexistes de Nicolas Bedos, je suis comme ça et je t'emm*rde - attention, beaucoup d'affirmations fausses se cachent entre ces parenthèses, sauras-tu les retrouver ?)

Je me demande qui sera le premier ou la première à se marier.
Je me demande ce qu'on deviendra, nous, joyeuse élite de la France, une fois notre diplôme en poche.
Je me demande qui de mes amis sera encore mon ami dans deux ans, alors qu'on aura quitté le "collège universitaire" où tout le monde voit à peu près en quoi consistent les cours de l'autre, pour s'éloigner chacun dans notre direction au cours de nos masters.
Je me demande comment ça sera, dans 6 mois, quand on sera tous rentrés en France, qu'on aura vécu des choses tellement différentes et impossible à raconter, qu'on aura "changé".

Tant que tu vois tes amis tous les jours, tu t'adaptes progressivement au changement sans même t'en rendre compte.
Être loin d'eux pendant un an - et pour certains, n'avoir absolument aucune nouvelle - ça rend la situation future plus incertaine.

Et si on se faisait plus rire ? Et si on n'avait plus rien à se dire ? Et si certains ne pouvaient pas supporter d'avoir l'impression de revenir en arrière en retrouvant les mêmes personnes qu'avant le départ ?
Et si on était devenus chiants à force de devenir grands ?

Et comment on fait si on s'est fait de nouveaux amis ?
On les incorpore au groupe ou on partage son temps entre les amis d'avant et les nouveaux ?

Et comment on fait quand quelqu'un qui est ami avec à peu près tous tes amis refuse désormais de t'adresser la parole ? Est-ce qu'il faut organiser un roulement pour que tes amis t'invitent à la moitié de leurs soirées et invitent l'autre à l'autre moitié ?

Et comment on fait si on est content de retrouver ses amis mais tes amis ils sont moins contents de te retrouver ? Est-ce que ça fait aussi mal que quand tu te fais larguer ?

Et est-ce que c'est possible, vous croyez, au contraire, de profiter de cette année de pause et de nos retrouvailles prochaines pour redresser la barre et assainir une amitié devenue asymétrique ?

vendredi 4 mars 2011

Ohlala n°169 (Leaving A.'s flat was the best decision of this year)

N., ma nouvelle coloc, n'a qu'un seul défaut : elle se couche la plupart du temps entre 21h30 et 22h30.
A peu près l'heure à laquelle je fabrique mon dîner d'habitude, donc je suis obligée de me dépêcher de manger plus tôt.

Par contre, A. a toujours autant de défauts, même loin : elle ne m'a toujours pas rendu le "deposit" et elle m'envoie des mails fleuves pour m'expliquer pourquoi je dois payer toutes les charges du mois de février même si je n'ai passé que 15 jours à l'appart et comment elle a finit par se trouver deux nouvelles coloc qui ne sont ni l'une ni l'autre fichues de donner leur dépôt de garantie dès leur emménagement et ne le verseront que progressivement, si bien qu'A. n'a pas encore tout l'argent mais propose super aimablement de nous envoyer une partie de la somme depuis le compte en banque de sa soeur, sous forme de "bank mail check" ce qui ne veut rien dire, même google.com ne donne pas de résultat cohérent, mais en gros elle a sûrement voulu signifier qu'elle envoie l'argent par la poste et que je le récupère je ne sais pas trop comment sur mon compte en banque.

Je lui ai fait remarquer que sans compte bancaire américain les choses allaient être un peu compliquées et qu'il valait mieux qu'elle me rende l'argent qu'elle me doit sous forme de cash une fois qu'elle aurait tout, c'est à dire vers la mi-mars.

Pendant ce temps, N. me dit bonjour tous les matins, ne laisse pas sa radio ou sa télé allumée la nuit, elle ne cuisine pas de légumes qui sentent pas bon et qui ont une consistance d'huître, elle ne me rappelle pas "les règles à respecter dans la vie en communauté" toutes les semaines, d'ailleurs elle ne me m'inflige aucune règle et, bizarrement, ça me rend beaucoup plus respectueuse. BIZARREMENT.

jeudi 3 mars 2011

Ohlala n°168 (La Valse)

A chaque fois que je reviens de l'aéroport, dans le métro, j'écoute de la musique.
A chaque fois que je reviens de l'aéroport, dans le métro, mon baladeur choisit de jouer La Valse, de Louise Attaque.

Depuis toujours, quand j'écoute de la musique, j'y vois des signes, des coïncidences qui ont forcément un sens.
Pendant longtemps, quand je me posais une question, j'allumais la radio et la musique répondait.

Quand j'ai répondu au 30Day Song Challenge, comme musique qui me ressemble, j'ai choisi La Valse d'Amélie, de Yann Tiersen.
Ce n'était peut-être pas la bonne valse.
La Valse d'Amélie, c'est celle que je voudrais être. Celle que j'essaie d'être. Celle que j'aime penser que je suis.

La Valse, de Louise Attaque, c'est peut-être celle que je suis vraiment. Celle que je suis quand je me tais, quand je suis seule ou quand je décide de rester silencieuse.
La Valse d'Amélie, c'est celle que je suis avec les autres.
La Valse, c'est celle que je suis.

Non, on ne peut être résumé à un morceau de musique, je sais bien.
Mais La Valse est un bon exemple de celle que je suis depuis 6 mois.
La Valse, c'est Swan pendant la 3ème année.

Ce morceau peut sembler triste. Et répétitif. Mais c'est beaucoup plus complexe et subtil que ça.
Ce morceau me plonge toujours dans un état "gris", mais pas gris foncé, non, un gris clair, translucide.
Le début du morceau me donne le regard fixe et je me mets toujours à penser à des choses pas marrantes quand je l'écoute. Les premières secondes me rendent souvent triste parce qu'elles ont le son des regrets, elles m'évoquent confusément plein d'occasions ratées, des mesquineries, de relations laissées sombrer.

Le mouvement répétitif me fait toujours penser au temps qui passe, à celle que j'ai été.
Mais c'est là que les ombres négatives s'estompent. Ce temps qui passe, cette douce plainte dans la voix du chanteur, elle revient toujours, mais jamais tout à fait pareil. Je connais par coeur chaque nuance. Et tout doucement, le ton monte, ce n'est plus une plainte, c'est une affirmation. On ne sait pas trop quand a lieu la transition, mais soudain, alors qu'on était perdu loin du morceau dans une réflexion dérivée, on se rend compte qu'on n'est plus triste, bien au contraire.

Ce morceau me met de bonne humeur parce que de tous ces accords semblables finit par émerger quelque chose de très fort, une volonté, une décision, pas en opposition mais en continuité, imperceptiblement, quelque chose qui existait depuis le début et qui n'attendait que quelques variations dans l'ordre de départ pour gonfler.

C'est comme une vague immense, invisible sous la surface pendant des kilomètres et qui soudain monte, surpassant les ondes précédentes sans qu'on sache pourquoi, mais ce sentiment quand on voit la vague arriver depuis le rivage et qu'on sait que celle-là sera plus haute et plus bruyante que toutes les autres, cette impatience et cet enthousiasme à l'idée de la force irrépressible qui approche, c'est exactement ce sentiment que je ressens quand le morceau atteint ses notes les plus aiguës.

Puis, après avoir explosé, très vite, elle se retire et tout s'apaise, seul la sensation rassurante de l'accomplissement s'attarde encore un peu.

Tout ça, je n'avais pas du tout prévu de le raconter, d'ailleurs c'est la première fois que j'essaie de comprendre pourquoi j'aime tant ce morceau donc il y a beaucoup de choses que je viens d'écrire et dont je n'avais pas conscience auparavant, mais comme je n'arrive pas à trouver de conclusion à cet article, on va dire que c'est tout pour aujourd'hui.